Marcus Aurelius — Le Philosophe sur le Trône
Le Philosophe sur le Trône
Durant l'hiver de l'an 180 apr. J.-C., l'empereur romain Marc Aurèle agonisait dans un camp militaire sur la frontière du Danube — non dans un palais de marbre, mais dans la boue et le froid d'une guerre qu'il n'avait jamais voulu mener. Il avait passé près de deux décennies sur le trône, la plupart en guerre, et dans ses moments d'intimité il avait rédigé un journal qui n'était jamais destiné à être publié — une série de notes adressées à lui-même sur le devoir, la souffrance, l'impermanence, et la manière de rester un homme droit dans un monde qui offrait toutes les tentations de ne pas l'être. Ces notes ont survécu. Nous les appelons les Pensées pour moi-même. Elles demeurent, près de deux mille ans plus tard, l'une des œuvres philosophiques les plus lues jamais écrites — et l'une des plus improbables, puisque leur auteur commandait le plus grand empire de la terre.
“Ne perds plus de temps à discuter de ce que doit être un homme bon. Sois-le.”
121–180 apr. J.-C.
Né Marcus Annius Verus à Rome le 26 avril 121 apr. J.-C. Mort le 17 mars 180 apr. J.-C. à Vindobona (l'actuelle Vienne) ou à Sirmium, durant les guerres marcomanniques. Cinquante-huit années qui embrassèrent le zénith et l'amorce du déclin de l'Empire romain.
19 ans
Empereur de 161 à 180 apr. J.-C. — le dernier des Cinq Bons Empereurs. Il passa plus de la moitié de son règne dans des campagnes militaires qu'il n'avait jamais recherchées, combattant les tribus germaniques et sarmates sur la frontière du Danube.
12 livres
Son journal intime, rédigé en grec durant ses campagnes militaires, n'était jamais destiné à être publié. Douze livres de réflexions stoïciennes sur le devoir, la mortalité et la maîtrise de soi — le document le plus intime qui nous soit parvenu d'un empereur romain.
5 à 10 millions
La dévastatrice pandémie — probablement la variole — qui frappa l'empire en 165 apr. J.-C. et fit rage pendant quinze ans. On estime qu'elle tua entre 5 et 10 millions de personnes, soit environ 10 % de la population de l'empire, peut-être y compris Marc Aurèle lui-même.
Empereur romain, philosophe stoïcien, auteur des Pensées pour moi-même, dernier des Cinq Bons Empereurs
Événements fondateurs
Les Pensées pour moi-même
Rédigé en grec durant les guerres marcomanniques, le journal intime de Marc Aurèle n'était destiné à être lu par personne d'autre que lui. Intitulé Ta eis heauton — « Pensées pour lui-même » —, il rassemble une série d'exercices stoïciens de correction de soi, de gratitude et d'acceptation de la mortalité. On n'y trouve aucune autosatisfaction, aucun récit de victoires, aucune propagande impériale. L'homme le plus puissant du monde s'y rappelle au contraire qu'il n'est que poussière, que la gloire est vaine, et que la seule chose qui dépende de lui est son propre caractère. Les Pensées pour moi-même ont été lues par Frédéric le Grand, Goethe, John Stuart Mill, et d'innombrables autres qui y ont trouvé un manuel pour vivre sous la pression.
Les Guerres marcomanniques
La crise militaire qui définit le règne de Marc Aurèle — une série de guerres contre les tribus germaniques et sarmates le long de la frontière du Danube, qui consuma les quatorze dernières années de sa vie. Les Marcomans, les Quades et les Iazyges avaient franchi le Danube en force, pénétrant jusqu'au nord de l'Italie pour la première fois depuis l'invasion cimbrique, trois siècles plus tôt. Marc, qui n'avait aucune expérience militaire avant de devenir empereur, commanda en personne les forces romaines lors de brutales campagnes hivernales à travers ce qui est aujourd'hui l'Autriche, la Hongrie et la République tchèque. Il touchait presque à la victoire finale lorsqu'il mourut au front en 180 apr. J.-C.
Le Roi-Philosophe
Marc Aurèle fut, dans le monde antique, ce qui s'approcha le plus de l'idéal platonicien du roi-philosophe — un souverain dont le pouvoir était tempéré par la sagesse et la maîtrise de soi. Il atténua la brutalité des jeux de gladiateurs, améliora les droits légaux des esclaves et des femmes, vendit le mobilier impérial pour financer la guerre plutôt que d'augmenter les impôts, et entendit lui-même des affaires judiciaires durant des heures. Cassius Dion, qui l'avait connu, écrivit que Marc « n'eut pas la bonne fortune qu'il méritait, car il n'était pas robuste de corps et fut confronté à une multitude d'épreuves durant la quasi-totalité de son règne ». Il gouverna non par la force de sa personnalité, mais par un devoir implacable et harassant.
Frise chronologique
Naissance à Rome
Né Marcus Annius Verus le 26 avril, au sein de l'une des familles les plus riches et les mieux introduites de Rome. Son grand-père, également nommé Marcus Annius Verus, avait été consul à trois reprises. L'empereur Hadrien, remarquant la gravité de l'enfant, le surnomma « Verissimus » — « le plus véridique ».
Adopté par Antonin le Pieux
L'empereur Hadrien, mourant, organisa un plan de succession remarquable : il adopta Antonin le Pieux comme héritier, à condition que celui-ci adopte à son tour Marc Aurèle, âgé de dix-sept ans, et Lucius Verus, âgé de huit ans. Marc devint ainsi héritier du trône — une position qu'il n'avait jamais recherchée et, de son propre aveu, jamais désirée.
Mariage avec Faustine
Épousa Faustine la Jeune, fille d'Antonin le Pieux. Leur mariage dura trente ans et donna naissance à au moins treize enfants, dont la plupart moururent en bas âge. Marc lui fut dévoué en public comme en privé, malgré les rumeurs persistantes sur sa fidélité que les historiens antiques adoraient colporter.
Devient empereur
Antonin le Pieux mourut le 7 mars, et Marc Aurèle devint empereur à l'âge de trente-neuf ans. Dans un geste sans précédent, il éleva immédiatement Lucius Verus au rang de co-empereur avec une autorité égale à la sienne — la première fois que Rome était gouvernée simultanément par deux Augustes. Marc conserva le rôle prééminent mais insista pour partager le pouvoir.
La peste antonine
Les légions romaines revenant de la campagne parthique de Lucius Verus rapportèrent avec elles une pandémie dévastatrice — probablement la variole. Le fléau se répandit à travers tout l'empire, tuant entre 5 et 10 millions de personnes sur quinze ans. Il décima l'armée, dépeupla des provinces entières et affaiblit durablement les défenses frontalières de Rome.
Les Guerres marcomanniques
Les tribus germaniques et sarmates — Marcomans, Quades, Iazyges et autres — franchirent le Danube et envahirent le territoire romain, atteignant le nord de l'Italie. Marc passa la majeure partie de ses années restantes sur la frontière du Danube, dirigeant des campagnes dans de brutales conditions hivernales. Il fut le premier empereur depuis Trajan à passer si longtemps en personne au front.
La révolte de Cassius
Avidius Cassius, gouverneur de Syrie et général le plus capable de Rome, se proclama empereur à la suite d'une fausse rumeur annonçant la mort de Marc. Marc se prépara à marcher vers l'orient, mais la crise se résolut d'elle-même — Cassius fut tué par ses propres officiers après seulement trois mois. Marc refusa de punir la famille de Cassius, et ordonna que la correspondance du rebelle soit brûlée sans être lue.
Mort à la frontière
Marc Aurèle mourut le 17 mars à Vindobona ou à Sirmium, toujours au front durant les guerres marcomanniques. Ses dernières paroles rapportées, selon Cassius Dion, furent adressées au tribun de garde : « Va vers le soleil levant ; je me couche déjà. » Son fils Commode lui succéda — mettant fin à l'ère des empereurs adoptifs et, selon de nombreux historiens, amorçant le long déclin de Rome.
Figures marquantes
Lucius Verus
Le frère adoptif de Marc Aurèle et son co-empereur de 161 à 169 apr. J.-C. — la première fois que deux hommes partageaient le titre d'Auguste avec une autorité constitutionnelle égale. Là où Marc était austère et philosophe, Verus était sociable, amateur de chasse et de courses de chars, et appréciait les plaisirs de la vie de cour. Il dirigea la guerre parthique (161–166) par l'intermédiaire de généraux compétents, assurant une victoire romaine décisive. Il mourut subitement en 169, probablement de la peste, à l'âge de trente-huit ans. Malgré leurs tempéraments différents, Marc le pleura publiquement et le fit déifier.
Commode
L'unique fils survivant de Marc Aurèle et son successeur — l'empereur dont le règne devint le symbole même de la décadence impériale. Marc rompit avec la tradition de succession adoptive qui avait produit les Cinq Bons Empereurs, choisissant à la place d'élever son fils biologique. Commode ne manifestait guère d'intérêt pour la philosophie ou le gouvernement ; obsédé par les combats de gladiateurs, il finit par combattre lui-même dans l'arène, au grand scandale de Rome. Il fut assassiné en 192 apr. J.-C., plongeant l'empire dans la guerre civile. La question de savoir si Marc se trompa en choisissant Commode — ou s'il n'avait aucune alternative réaliste — demeure l'un des grands débats de l'histoire romaine.
L'héritage de Marcus Aurelius
On se souvient de Marc Aurèle comme du roi-philosophe — le seul souverain de l'histoire à avoir uni un pouvoir politique suprême à une authentique sagesse philosophique, et à avoir mis l'un et l'autre au service du devoir plutôt que du plaisir. Ses Pensées pour moi-même n'ont jamais cessé d'être publiées. Elles ont été emportées au combat par des généraux, lues dans des cellules de prison par des condamnés, et feuilletées dans des librairies d'aéroport par des gens qui n'avaient jamais entendu parler du stoïcisme mais savaient qu'ils avaient besoin de quelque chose à quoi s'accrocher.
Il n'était pas un soldat par nature, et pourtant il passa l'essentiel de son règne à la guerre. Il n'était pas naturellement robuste, et pourtant il endura des décennies d'épreuves physiques. Il ne voulait pas du trône, et pourtant il l'occupa avec une conscience scrupuleuse qui l'épuisait. Sa tragédie fut que son ère de paix — la Pax Romana dont il avait hérité — s'acheva sous son règne, consumée par la peste et l'invasion. Son héritage fut d'avoir affronté la catastrophe avec une constance que sa propre philosophie l'avait préparé à trouver. Lisez son histoire dans ses propres mots — l'ePub à la première personne vous plonge au cœur de l'esprit du dernier bon empereur.
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